Petite note sur la féminisation

30 10 2008

J’épluche beaucoup de textes ces temps-ci – encore -  et plusieurs écoles se font concurrence en ce qui a trait à la féminisation…
Personnellement, je vais y aller selon deux écoles, selon les divers contextes de diffusion du texte et selon – qui l’eût cru? – mes humeurs du moment. ;-)
1) «Les étudiantes et les étudiants» (toujours le féminin devant le masculin, les gars sont déjà à l’avant-plan dans beaucoup de domaines..!) et féminiser les éléments qui peuvent l’être : «les personnes intéressées par cet emploi» (au lieu, par exemple, du mot «candidat»)
2) «Les étudiantEs» : mettre en majuscules les lettres correspondant au marquage féminin. Visuellement, c’est accrocheur, ça n’alourdit pas trop le texte comme la formule précédente… mais, force est d’admettre que cela ne convient pas à toutes sortes d’écrits. Quoique… j’ai été bien heureuse lorsque j’ai vu la formule utilisée intégralement dans le cadre d’un mémoire de maîtrise de l’UQAM! C’était aussi la formule employée par ma directrice de département à Sherbrooke, qui affirmait pour sa part, en prenant l’exemple de la féminisation par le biais des parenthèses (les étudiant(e)s…), que la femme avait été assez longtemps mise entre parenthèses…!
Fin de la leçon. :)


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14 réponses

30 10 2008
Mélamine

Tu vois, moi personnellement, le E majuscule d’«étudiantEs» m’énervent un peu : je le perçois comme si on insistait sur le fait que ce sont des étudiantes, uniquement des filles, excluant les étudiants… Mais c’est seulement mon opinion, pour ce que ça vaut!

Et pour ton mémoire, privilégie une seule façon de faire… approuvée, bien évidemment, par Lulu! ;)

30 10 2008
Mélamine

WoW! *m’énerve* pas de NT! lol

31 10 2008
zabeille

Tu es pardonnée à l’infini… je fais tellement de fautes d’inattention pour ma part sur ce propre blogue qu’on ne devrait plus remarquer les autres ensuite ;)
Pour la féminisation, t’inquiète, je ne prends pas de chances dans ce domaine. Je pense que l’écriture est assez sobre, pas particulièrement tight, mais sobre. :)
Bien oui, j’avoue que c’est possible de voir le E comme si on insistait, mais entre ça et mettre la femme entre parenthèses……;)

1 11 2008
Chevy Frangin

Je passerai peut-être pour un misogyne… mais les gens qui me connaissent le moindrement savent qu’au contraire, je suis un féministe. Malgré cette position, je trouve que le débat soulevé ici –et qu’à peu près toutes les étudiantes de Lulu ont soulevé dans le passé, d’ailleurs– m’apparaît un tantinet ridicule. Il y a des choses plus importantes qui méritent réflexion et qui feront réellement avancer le mouvement féministe, à mon humble avis.

«Les étudiantes et les étudiants» (toujours le féminin devant le masculin, les gars sont déjà à l’avant-plan dans beaucoup de domaines..!)» Cette répétition des deux genres, dans le texte le moindrement long, est vraiment agaçante — en plus qu’elle n’ajoute pas de sens au propos: on parle toujours des mêmes personnes! En fait, cette histoire que “le masculin l’emporte sur le féminin” ne doit pas être comprise comme une règle de grammaire bêtement misogyne, mais plutôt comme un des trop rares cas où la langue française propose une règle d’économie.

Pour la féminisation des emplois (docteur, pompier, facteur, etc.), je voudrais qu’on les féminise tous sans exception: encore une fois, dans le but de faciliter l’application d’une règle; en plus, ça a plus d’impact à mon sens que de mettre un foutu “E” majuscule à la fin des mots: «Je ne suis pas une femme-docteur, je suis une docteure!» Ça c’est chouette! En contrepartie: «Tous les étudiantEs étaient d’accord sur le fait que»… Ce à quoi je réponds: «Euh, est-ce que la personne a accroché le piton “shift” en tapant le “E”, et il s’agit dans ce cas d’étudiantes seulement? Ou bien s’agit-il d’étudiants et d’étudiantes?» Et dans ce cas, il me semble que çe n’a plus de fin: «Tous les étudiantEs touchéEs par cette mesure, et choquéEs par les propos du ministre… etc.» J’ai presque le goût de dire: WTF? Pour revenir à la première forme proposée (Les étudiantes et les étudiants), je me répète, mais ça ne change rien au propos: on ne veut pas dire en employant seulement le genre masculin pour les deux sexes un truc du genre: «Nous parlons des étudiants mâles, mais bon, comme nous sommes obligés de souffrir la présence des femmes, nous allons inclure les meufs dans ce groupe dominant s’étant accaparé du “logos” depuis des millénaires». Non! Il s’agit simplement d’un groupe d’individus (les étudiants), sans distinction de sexe.

Je comprends d’où vient l’idée, mais je crois qu’après réflexion, ce genre de règle n’a pas beaucoup de sens. Je suis spécialement en désaccord avec l’idée suivante: «féminiser les éléments qui peuvent l’être : «les personnes intéressées par cet emploi» (au lieu, par exemple, du mot «candidat»)». Là, je dis franchement: «WTF!» En disant “les personnes intéressées” au lieu de “les candidats intéressés”, sait-on davantage qu’il y a des femmes intéressées que si on avait employé la forme masculine?? Je donne un contre-exemple: nous sommes dans un bunker des Hells, et le chef de la gang dit, à la fin d’une réunion: «By the way, il y aura un tournoi de fléchettes sur gazon next week… Les personnes intéressées sont priées de signer leu’ nom au bas d’la feuille que j’va faire circuler.» En employant le terme féminin “personnes” au lieu d’un terme plus masculin comme les “dudes”, les “boys” ou les”gars”, notre ami motard entend-il par là que la foule à laquelle il s’adresse est composée d’une bande de moumounes?? On en peut douter! En somme, si tu te proposes de respecter cette espèce de règle bizarre pour ton mémoire et autres travaux savants, je t’avertis que tu n’as pas fini de reformuler! Il y a trop d’occurences où on parle de femmes avec des termes masculins, et inversement (comme dans l’exemple de mes Hells) d’hommes avec des termes au féminin… Aussi, comme je disais, ça ne change absolument pas le sens de la phrase: les motards dans le bunker restent des hommes, même si ce sont des personnes (quoique l’on puisse douter de la vérité ontologique de cette assertion… mais c’est une autre histoire).

1 11 2008
zabeille

Frangin, tu fusses z’en feu!
T’inquiète, je pratique une forme épurée… d’ailleurs, toi et Mel n’avez-vous pas déjà lu mes 2 premiers chapitres… je n’ai pas z’eu de commentaires sur une langue trop lourde. ;)
Pour ce qui est de féminiser les noms de professions, métiers et alouette, je crois que c’est déjà en vigueur à l’OQLF, du moins la chose est-elle fortement suggérée dans le fameux bouquin Le français au bureau.
Je pense que j’avais juste le goût de soulever le débat, même si, selon toi, il est désuet.
PS:tu utilises des mots un peu trop recherchés là. «Ontologique», quand tu n’as pas de dictionnaire à ta portée, c’est pas chouet.

2 11 2008
Frangin

Ouais, les québécois torchent: on féminise les noms de professions, métiers, etc., mais les français ne le font pas… (à moins que cela ait changé).

«Je pense que j’avais juste le goût de soulever le débat, même si, selon toi, il est désuet.» Je ne sais pas si c’est désuet, mais à mon très humble avis, ce n’est pas utile (just my two cents): comme je disais, l’écriture et la pensée féminines ont mieux à proposer que de s’époumonner contre la règle si machiste que le masculin l’emporte sur le féminin. La particularité de l’écriture féministe transcende ce bête débat, je crois.

Mais toi, Ély, qu’en penses-tu? Tu crois que je suis dans le champs? Je veux entendre ton opinion, au risque d’essuyer les foudres de ta colère.

2 11 2008
Mlle Q. 2e

Ben en tout cas, dans mon programme, étant donné que la majorité des étudiants sont des filles, je trouve ça bien qu’on parle d’étudiantEs quand il n’y a que 7 gars sur 70.

2 11 2008
zabeille

Frangin, je ne pense pas que tu essuies les foudres de ma colère ici.:) Ça attise un peu mon sens de la réflexion. Un peu.:)

Cela dit, considérant que l’écriture et la littérature entretiennent de forts liens avec la société et la culture, dont le féminisme fait partie intégrante, je crois que le débat est loin d’être désuet.

Parce que si nous ne sommes pas en mesure de nous entendre sur l’utilisation de la féminisation, c’est qu’il y a un problème dans l’acceptation du concept de féminisme, dans son déploiement… le débat est flou, de sorte qu’au final, c’est la langue (culture) qui écope, parce que ce qui n’existe pas, ce qui est flou, ne se nomme pas.

Or, quand nous ne sommes pas en mesure de “nommer”, c’est parce que le concept n’est pas bien implanté. Je ne suis pas assez “tight” pour te citer l’auteur, en fait, c’est plutôt loin dans mon esprit et je suis moi-même plutôt loin d’une bibliothèque – est-ce Genette? Frangin, Mél? – mais toujours est-il qu’il y en a un qui a déjà écrit que ce qui pouvait être nommé existait. Dès qu’on nomme quelque chose dans la langue, c’est qu’on accepte son existence dans la société, c’est qu’il y a une sorte de contrat entre le monde matériel et immatériel.

Dans la réalité québécoise, existent selon l’OQLF (je ne suis pas prête à dire que la théorie est passée à la pratique dans tous les domaines!) des ingénieures, des pompières, des professeures, des chercheures, etc. En France, je pense comme toi Frangin que le concept n’a pas encore traversé l’Atlantique. De fait, des avancées considérables ont été effectuées ces 40 dernières années, mais il persiste un flou qui s’étend jusque dans la langue puisqu’il – le flou – prend racine dans la société.

Si on refuse que le féminin «l’emporte» sur le masculin, si on trouve le débat dérisoire, désuet, inutile, c’est parce que c’est un peu le pendant qu’on peut observer dans la société, dans divers domaines.

Exemple simple : dans la course à la chefferie du PQ, il y a quelques années, Pauline Marois, qui a fait ses preuves dans divers ministères (ok, il y en a qu’elle a scrappé plus que d’autres, mais…), a essuyé une défaite crève-coeur quand André Boisclair, disparu du paysage politique depuis quelque temps, l’a emporté haut la main, comme ça. La suite nous dit bien sûr que les choses ont changé, qu’il a “abdiqué” (lire : s’est fait chaudement recommander de crisser son camp) lorsque son passé a été violemment étalé dans les médias – il ne faut jamais sous-estimer l’influence du 4e pouvoir! – mais n’empêche qu’à l’expérience de la femme, on a préféré la présence de l’enfant prodige, l’homme.

Même chose du côté des États-Unis entre Clinton et Obama. Les électeurs savaient que dans un cas comme dans l’autre, ils élisaient une minorité à la tête du Parti démocrate – soit une femme ou un Noir. Clinton comptait dans son camp, en plus de son expérience de sénatrice, l’expérience même de la gouvernance d’un pays (une période particulièrement faste pour le pays, qui plus est), pour les raisons que l’on connaît. Obama, sénateur et enfant prodige des speach incroyables, l’a aussi emporté haut la main. Dans le cas de Clinton, je me rappelle aussi que les médias ont livré une campagne d’opinions fantôme tellement mesquine et inégalitaire, attaquant l’ancienne première dame sur son apparence, alors qu’il n’en était rien pour Obama… Parce que les Américains préfèrent encore élire un homme qu’une femme. (Parions une cenne que McCain l’emporte mardi, par contre)

Parce qu’il faut toujours et encore souligner, se donner une belle tape dans le dos quand des efforts particuliers sont effectués pour les femmes. Ok. Le gouvernement Charest avait une chambre de ministres 50-50. Ok. So what? Risque-t-on de voir une femme ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Harper… penserais pas, moi…. Des milliers d’organismes communautaires sont administrés par les femmes, qui se démènent comme des bonnes dans diverses causes, et on n’en parle pas…

Des exemples d’hommes qui passent devant la femme, il y en a plein. Tu le sais, anyway. Les filles qui réussissent à se frayer une voie de reine, elles sont bâties dans le roc, rien de moins. Alors tant qu’à moi, le débat sur la langue est encore d’actualité parce qu’il se répercute dans notre langue les inégalités de notre société.
Voilà. Tout ça pour ça…;)

4 11 2008
Frangin

Nice! Ton argumentation a beaucoup de sens, la rousse. Quant à ta citation, j’ai lu un truc semblable dans «Qu’est-ce que la littérature?» de JP Sartre. En somme, je suis bien près de me rendre à vos arguments.

4 11 2008
zabeille

Hé, je rêêêêve! Frangin ne me bash pas! :) ))

4 11 2008
anthony

Moi je propose qu’on normalise le tout… pas de genre! Qu’on s’entende sur des mots qui n’ont pas de tendance masculine ou féminine! OK oui ça détruit un peu beaucoup la langue française, mais c’est plus simple! :) Une fois que ce cas sera réglé, attaquons-nous au problème du pluriel! Peut-être que certains ressentent une forme de discrimination avec un petit “s” à la fin?…. lol

4 11 2008
Chevy Frangin

Euh, je ne te bash pour ainsi dire jamais. C’est toujours toi qui me rentre dans le lard! Et s’il m’arrive parfois de te malmener, il y a fort à parier que ce soit TOI qui ait commencé, voilà! Il faut bien que je me défende, foutredieu! Si je te laissais faire, je deviendrais bientôt un sac rempli de patates molles et pleines de racines, que l’on s’amuse à frapper à coups de pieds!

Non, Ély, non: je ne suis pas un sac de patates. La preuve? Eh bien là, maintenant, séant, je te BRUNTE!! Et hop!

5 11 2008
zabeille

@ Anthony : Heille, l’anarchiste anglophile! La langue française puise en outre sa beauté du fait qu’elle pratique la différence des genres! Tu peux bien rester en ALBERTA! :P
@ Frangin: LOL! J’aime ton expression Foutredieu! Et je te félicite de te défendre contre moi, parce qu’elle peut être difficile la vie quand on se pose comme un vulgaire sac de patates molles et pleines de racines, bourré de coups de pieds! ;) (belle image) On pourra se reparler quant à la sensation que j’éprouve à l’idée de me faire brunter par ledit vieux sac de patates molles et racinées…. Une piste: brrrr.

5 11 2008
Frangin

Attention à ce que tu dis: j’ai brunté pas mal de monde en ville, et un bon pourcentage de la province, hommes et femmes confondus… La plupart des gens ont apprécié. OR, en disant que l’idée d’être à ton tour bruntée par mes soins experts te laisse froide («Une piste: brrrr.»), cela ne pourra manquer de choquer plusieurs centaines, voire milliers de personnes… En effet, quelle scène se déroulera dans leur théâtre mental? On peut imaginer un pareil monologue intérieur:
«Qui est cette Zabeille qui se croit si supérieure à nous? Ignore-t-elle qu’on ne peut goûter un état de félicité plus grand que celui que nous éprouvons entre les bras de Chev’? Qui, en 2008, ne sait pas encore que Chevy est le plus grand et le plus habile brunteur de l’Occident?» Etc…
Je doute que vous vouliez provoquer une telle commotion dans les chaumières, chère Zabeille… Retirez donc vos propos, dans votre propre intérêt.

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