Je me gâte en ce samedi.
C’est la journée internationale des femmes demain. De LA femme, officiellement, mais DES femmes puisque nos réalités divergent d’un pays à l’autre, d’une ville à l’autre, d’une maison à l’autre… vous saisissez la chansonnette.
Chaque année, j’aime voir ce qu’on aura trouvé de nouveau à dire sur le sujet. Aussi, je dois dire que l’édition du Devoir de ce week-end, encore, me plaît beaucoup.
Entre autres, j’ai bien apprécié l’article «Aux noms des pères», publié conjointement entre le Groupe de recherche interdisciplinaire en démographie et épidémiologie génétique (GRIG), le Projet Balsac et l’Université du Québec à Chicoutimi. Les auteurs du papier, Marc Tremblay, Michèle Jomphe et Hélène Vézina, se propulsent dans le passé, s’imaginant une Nouvelle-France à l’affût de la nouveauté, et qui, avant-gardiste, aurait décrété dès 1608 un régime de descendance matronymique (patronyme : nom de famille qui provient du Père; matronyme : nom de famille qui provient de la Mère)… intéressant, non?
À l’aide des données du fichier de population Balsac, on dresse côte à côte la liste des patronymes actuels les plus fréquents (ceux qui proviennent du père) et la liste, calculée avec la base de données, des matronymes attendus selon la contribution des fondatrices de lignées maternelles.
On découvre que les Tremblay, source patronymique numéro 1 au Québec (81 500), seraient vraisemblablement éradiqués du Québec si les femmes avaient effectivement donné vie et nom à leur progéniture. «[On] se rend compte qu’il y a une grande part d’arbitraire dans la distribution contemporaine des noms de famille au Québec. Parce que seuls les noms des pères se sont transmis d’une génération à l’autre, plusieurs noms ont complètement disparu, alors que d’autres sont devenus très fréquents.» Dans une optique matronymique, on voit plusieurs noms inusités faire leur apparition. Le Québec contemporain matronymique se fonderait sur des familles de Langlois (211 600), Robin (123 800), Michel (99 100), Grenier (90 000), Dupont (85 500), Tourault (60 800), Gargottin (49 500), Leclerc (49 300), Lefevre (47 300), Trotin (45 000), Riton (38 300) et Achon (36 000). Différent des Tremblay, Gagnon, Roy, Côté, Bouchard, Gauthier, Morin, Lavoie, Fortin, Gagné, Ouellet et Pelletier actuels, non?
Je me souviens de la visite d’une Amérindienne de la communauté abénakise dans ma classe, alors que j’étudiais au secondaire. Je me souviens surtout qu’elle nous avait entretenus du matriarcat et du pouvoir féminin dans les sociétés autochtones. Elle nous avait dit, tout simplement, que chez les Amérindiens, on donnait le nom de la mère à l’enfant, puisque la mère seule avait l’assurance d’être la véritable génitrice de cet enfant qui sortait de son ventre, alors que le père, en dépit de sa présence, ne pouvait s’arroger des lois du sang. Tant de sagesse chez mes ancêtres!
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En une, on revient également sur le livre de l’historienne Micheline Dumont, Le féminisme québécois raconté à Camille, dans lequel l’ancienne professeure de l’Université de Sherbrooke a voulu raconter l’histoire de la lutte des femmes à sa petite-fille adolescente.
Et pour raison. Entre la fin du XIXe siècle et 2009, il y a eu des avancées considérables.
«Au début du siècle dernier, par exemple, une femme mariée ne peut recevoir son propre salaire, il doit être versé à son mari. Les femmes n’ont pas le droit de fréquenter les institutions scolaires d’ordre supérieur. À la fi du XIXe siècle, quand un couple se sépare, les enfants sont remis au père, en vertu de la loi. Selon ce qu’on appelle la loi du “double standard”, un mari a le droit de demander la séparation du corps quand sa femme commet l’adultère, alors qu’une épouse n’a le droit de le faire que si son mari entretient sa concubine sous le toit conjugal. “La majorité des jeunes femmes qui sont au cégep ne savent pas ces choses-là. Je ne leur fais pas de reproches. Ce sont des choses qu’on ne sait pas à moins d’avoir eu une mère [ou une grand-mère!] féministe”, dit Micheline Dumont.»
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Un cahier spécial est d’ailleurs dédié à La journée international des femmes. On y retrouve, en rafale, un article sur le pouvoir autochtone au féminin, une entrevue avec la ministre St-Pierre, les luttes syndicales actuelles, une entrevue avec la présidente du Conseil du statut de la femme et, ce qui aurait du être mon coup de coeur, mais qui m’a déçue, un article sur la recherche en études féministes dans les universités québécoises. Parce que si le titre annonce «De Laval à l’UQAM : L’université soutient trente années d’études féministes», il n’est systématiquement question, dans cet article, que des recherches conduites dans les grands centres : Montréal et Québec. Certes, ces universités diposent de chaires et de centres d’études féministes qui font peut-être défaut ailleurs, mais lorsqu’on sait que la recherche universitaire prend très peu d’espace dans la presse québécoise et qu’une occasion comme celle-ci se présente, c’est un peu triste de voir qu’on se contente de pratiquer la métropolisation de l’information en faisant fi des travaux qui sont menés ailleurs, avec autant d’ardeur.